Santosha : l’art yogique du contentement

Dans la tradition du yoga, Santosha est souvent mal compris. On le réduit à une attitude positive, à une sagesse un peu molle, ou à une invitation à se satisfaire de tout. C’est profondément réducteur.

Dans les Yoga Sūtra, Patañjali place Santosha parmi les niyama, ces observances intérieures qui structurent le mental du pratiquant. Santosha ne décrit pas une émotion passagère, encore moins un état d’euphorie. Il décrit un état du mental. Santosha est ce moment précis où l’esprit cesse de négocier avec la réalité. Où il n’exige plus que les choses soient différentes pour être en paix. Santosha n’est pas la joie, c'est l’absence de conflit intérieur.

Le contentement, au-delà des idées reçues

Dans la langue courante, être content, c’est avoir obtenu. C’est arriver à un résultat, atteindre un objectif, recevoir une confirmation. Dans Santosha, être content, c’est ne plus attendre. Lorsque le désir de « plus », de « mieux », de « différemment » se calme, une satisfaction tranquille apparaît. Non parce que tout est parfait, mais parce que le réel n’est plus rejeté. Il n’est plus vécu comme un obstacle à la paix. Dans la pratique du yoga, Santosha se révèle souvent dans des instants très simples :quand la posture est modeste mais pleinement habitée, quand la respiration est ordinaire mais stable, quand la séance n’a rien d’exceptionnel… et que cela ne pose aucun problème. C’est là que le mental s’apaise, non par effort, mais par consentement.

Santosha dans la vie quotidienne

Dans la vie personnelle, Santosha apparaît lorsque l’on cesse de se comparer à la vie des autres. Lorsque s’interrompent les phrases  : « à mon âge, je devrais déjà… » « ma vie devrait être plus… » Santosha, ici, c’est habiter pleinement sa vie actuelle, même si elle est en transition, incomplète, fragile. Un moment de Santosha peut être aussi simple que boire un thé en silence et sentir que, pour cet instant précis, rien ne manque.

Dans la vie professionnelle, cela peut signifier accomplir son travail sans se mépriser quand tout n’est pas fluide, accepter une étape transitoire sans la vivre comme une erreur.  Santosha ne signifie ni aimer son poste, ni renoncer à évoluer. Il signifie cesser de lier sa valeur personnelle à la reconnaissance extérieure. Travailler avec sérieux, sans se définir par ses résultats. Accepter que tout ne soit pas fluide, valorisé, applaudi. La question n’est alors plus : Suis-je assez reconnu ? Mais : Est-ce que je travaille pour servir ce que je fais, ou pour être validé à travers ce que je fais ?

Dans la vie personnelle, c’est habiter sa vie telle qu’elle est aujourd’hui, sans l’ajourner à une version future plus acceptable.

Dans l’amour, c’est aimer sans faire de l’autre une promesse de réparation, rencontrer l’autre tel qu’il est, non tel qu’il devrait être.

Dans le rapport au corps, c’est cesser de négocier la paix contre une transformation, vivre dans ce corps-ci, maintenant, sans condition préalable. Le contentement n’est pas l’arrêt du mouvement. C’est un mouvement qui ne fuit pas.

Quand l’âme cesse de tirer ailleurs

Il existe en nous une tension presque permanente. Un « après » plus désirable que le maintenant. Santosha apparaît lorsque ce mouvement s’apaise. Non parce que la vie est parfaite, mais parce que le regard cesse de la repousser. Le contentement est un repos du désir. Non son extinction brutale mais son adoucissement. Santosha, en profondeur, est un acte de loyauté envers le réel. Il dit intérieurement:  « Je ne trahis pas ce qui est en espérant autre chose. »

Le contentement yogique n’anesthésie rien. Il rend disponible. Disponible pour agir sans agitation. Aimer sans dépendance. Changer sans se haïr. Il ne dit pas :« Ne désire plus. » mais : « Ne fais pas de ton désir une condition pour être en paix.  Santosha n’est pas lié à ce qui arrive.  Ce n’est pas “être content”, c’est cesser de se battre contre le réel. On ne parle pas de résignation, mais d’un oui intérieur à ce qui est là maintenant. Quand la lutte s’arrête, l’énergie se libère. Et surprise : la paix apparaît.

Santosha est une discipline quotidienne. Mais attention : ce n’est pas aimer sa prison , ce n’est pas refuser l’évolution C’est être en paix pendant que l’on progresse. Tu avances, oui. Mais sans aigreur, sans comparaison, sans jalousie. Tu peux travailler sur toi, sans te maltraiter pendant le chemin.

Santosha peut aussi être est un acte de rébellion intérieure. Refuser que la société décide quand tu as le droit d’être heureux.  Tu n’attends pas : d’avoir le bon corps, la bonne relation ,le bon compte en banque. Tu choisis la joie avant que tout soit réglé. Il ne faut pas que le futur devienne une excuse pour ne pas être heureux maintenant.

Santosha ne demande pas de comprendre davantage, mais de s’arrêter un instant et de demeurer là où l’on est. Il n’ajoute rien à la vie, il enlève ce qui encombre : l’attente silencieuse, la comparaison, la tension intérieure qui fait croire qu’il faudrait être ailleurs pour être en paix. Lorsque Santosha est présent, la vie ne devient pas plus parfaite, mais on comprend qu'il n’y a rien à réussir, rien à prouver, seulement cette reconnaissance  profonde que ce moment suffit pour être vivant. Alors on continue d’agir, d’aimer, de choisir, mais sans se perdre, 

Et toi?

À quel endroit de ta vie es-tu encore en train d’attendre autre chose pour t’autoriser à être pleinement présent ?
Et si, juste un instant, tu cessais de vouloir que ce moment soit différent… qu’est-ce qui resterait, là, maintenant ?

Créez votre propre site internet avec Webador